Nuage

L'homme post contemporain, cet homo industrialis*, cherche, partout où il se trouve, à maîtriser tout ce qui a trait à la nature. Ce qui se traduit par une artificialisation croissante de la Terre. Des mines et des puits creusés dans le sol en profondeur pour en extraire du minerai et du combustible. Des forêts rasées qui font place à des monocultures, à du bétail et du béton. Des matières plastiques et des fluides chimiques intimement mêlés à l’eau et à l’air puis aux organismes vivants.  Des gaz rejetés en masse dans l’atmosphère qui forment de nouvelles sortes de nuages. 

Les nuages occupent une place particulière dans notre imaginaire ; leurs formes innombrables permettent d’infinies possibilités de métaphores. Dans la culture graphique, loin d’être des formes neutres, les représentations de nuages expriment véritablement une philosophie. Nuages fabriqués par l’homme, nuées de points, fumées sont autant de graphes de l’impermanence du monde extérieur et du monde psychique, reflet de l'inquiétante étrangeté** (unheimlich) de notre époque où la disparition de milliers d'espèces est déjà actée. Le nuage « fabriqué », d’origine humaine, est au cœur de la société de consommation ; quand il se diffuse dans l’air, il constitue une manifestation flagrante de cette consommation. 

L'artiste plasticienne Moss Lab choisit pour dessiner cette série Nuage, le point qui est la forme la plus simple en dessin. Cette multitude de points dans le temps long du dessin marque progressivement la feuille de papier, laissant apparaître les émanations, ces étranges nuages, traces de l'action humaine dont l'esthétisation place dans une vigilance critique. Le travail préparatoire de collecte et d’archivage des images (typologie,...) participe de ce temps d’élaboration de la pensée qui se donne à voir dans les dessins.

* : Homo industrialis, ou le culte funeste de l’artificiel, Mathias Lefèvre et Jacques Luzi

** : L'Inquiétante étrangeté, Sigmung Freud